un art du futur ?

Un Espace vide.

Pendant sa longue et belle carrière, ça a été la ligne de conduite du metteur en scène Peter Brook. « Je peux prendre n’importe quel espace vide et l’appeler une scène. Quelqu’un traverse cet espace vide pendant que quelqu’un d’autre l’observe, et c’est suffisant pour que l’acte théâtral soit amorcé ».

C’est la magie de cet art. Le théâtre. Qui par essence reste artisanal et surtout humain.Le théâtre c’est avant tout une histoire humaine. Je joues et tu me regardes : c’est du théâtre. D’ailleurs Theatron en grec ça veut dire « lieu ou l’on regarde ». Salle des fêtes d’un village ou théâtre conventionné de centre-ville peu importe alors. Ce qu’on va nommer « théâtre » c’est ce qui va être  l’endroit d’une célébration collective.

Et pourtant c’est moins de 5% de la population française qui va au théâtre au moins une fois par an. Donc pour 95 % de nos concitoyens le théâtre est au mieux un vague souvenir scolaire ou une émission qui passe à la télé de temps en temps et qui doit être drôle.

On peut se le demander d’ailleurs si le théâtre a encore sa place aujourd’hui. D’autres divertissements existent. En trois D et interactifs. Qui ne nécessitent pas de sortir de chez soi. Mais est-ce que le théâtre est seulement un divertissement ?

Pour paraphraser Robert Abirached, le théâtre, à travers sa crise actuelle, a beaucoup d’avenir. Pour une raison simple, c’est que plus le monde devient virtuel, abstrait et mécanisé, plus on a besoin de présence réelle, d’incarnation. Plus les gens seront seuls, plus on aura besoin de se rassembler dans une salle pour s’échapper ensemble vers un point idéal, fabuleux.

Est-ce que ce n’est pas l’archaïsme du théâtre, tel qu’il était il y a 3000 ans, qui le rend futuriste ?

Edito Ondes en scène n°1