Théâtre politique

Ce doit être la marque des collectifs théâtraux : dispositif bi-frontal avec une grande table au centre.

Table qui souvent à un moment de la représentation devient tréteau. Pourquoi s’en priver ? l’effet est garanti et efficace, aussi bien dans le sens que dans la théâtralité.

L’an dernier, dans un dispositif similaire, j’avais admiré le travail des Possédés sur Oncle Vania. Cette année c’est le cas avec la compagnie D’ores et Déjà qui se présente aussi comme un collectif et son spectacle Notre Terreur. Le spectacle reconstitue le Comité de Salut Public en séance. Mais sans volonté de reconstitution historique. Costumes contemporains, barbes des années soixantes (cubaines ?), gobelets plastiques… dialogues quotidiens mais aussi ce qui semble être des extraits de discours d’époque, extraits de pièce.

Le burlesque est aussi présent avec une chevauchée endiablée autour de la longue table entre Saint Just et Carnot, le retour du fantôme de Danton en castrat sanguinolent qui vient avertir Robespierre

Faux sang, peinture blanche, tous les artifices sont montrés, assumés, et fonctionnent.

Tout commence par une longue narration exaltée d’une exécution (Danton) par un comédien fébrile qu’on comprendra être Saint Just plus tard.

C’est un théâtre politique qui tente de reconstituer les enjeux de l’époque. Même si la complexité de la période peut difficilement être rendu dans tous ses enjeux en deux heures. Cependant, c’est à noter que la compagnie ne va pas dans le sens du discours qui s’est développé depuis une dizaine d’années et qui tend à remettre en cause la légitimité de la Terreur au nom de ses excès. Merci à eux. Qui peut dire aujourd’hui avec certitude ce qu’il serait advenu de la Révolution et de ses conquêtes politiques sans justement cette Terreur ?

Ce qui est remarquable également dans leur travail, c’est qu’ils permettent de toucher du doigt les limites et les contradictions de la Révolution Française. L’égalité, oui, mais quand la propriété vient l’entraver, que faire ?

Enfin à la sortie du spectacle un débat s’est lancé entre nous sur la question de la fin et des moyens. Justement c’est bien la question que pose plus ou moins directement ce spectacle. Je ne m’étendrai pas sur ce problème dans ce billet, mais cela me renvoyait directement à une brochure écrite par Léon Trotski, Leur morale et la nôtre, qui a le mérite de poser remarquablement le problème.

Vive un théâtre politique !