naufragé d’un fol espoir

Le jeu de mot est facile, mais c’est l’impression ressentie.

Un fol espoir. Comme avant de se rendre à une représentation de la troupe du Soleil. Toujours, l’envie d’être transporté, comme seul le théâtre sait le faire, dans un tourbillon politique, poétique et de beauté plastique. Dire la place de l’homme dans l’univers.

Cette fois-ci l’entrée du Théâtre du Soleil, vaste halle magnifique, a été refaite pour rappeler les estaminets du début du siècle. Comme toujours, Ariane Mnouchkine accueille chaleureusement le spectateur. L’atmosphère est très conviviale.

Mais le spectacle m’a laissé sur le bord du rivage.

La pièce raconte un tournage cinématographique artisanal, sur fond de 1ère Guerre Mondiale montante. Le cinéma à cette époque était forcément muet, le jeu des acteurs assez expressionniste. Des « cartons » ponctuaient alors les images, reproduisant certains dialogues du film.

Ici, la troupe a opté pour une vidéo-projection durant les temps de tournage qui ressemble aux cartons et « traduit » en permanence ce que disent/miment les acteurs. Redondance. Abondance. C’est trop.

Sorte de théâtre dans le théâtre. Mais il n’y a pas de différence de jeu entre les acteurs dans les temps de tournage et dans les moments où ils n’incarnent pas un personnage du film. Même sur-jeu permanent. Gags souvent prévisibles (donc pas drôles), voix forcées. A l’image du patron du café le « Fol Espoir » qui prête son grenier pour le tournage du film. C’est trop.

Certes, la musique accompagnait la projection des films muets. Ici, elle est omniprésente. Abondante. Souvent redondante et illustrative. C’est trop.

Peu de rythme véritable dans cette pièce, mais un tempo rapide incessant. Les moments de suspension sont trop rares.

Cerise sur le gâteau, l’interrogation(1) par les personnages du film du type de société  qu’ils vont organiser dans l’île dans laquelle ils se sont échoués. « On supprime la peine de mort » ; « on donne le droit de vote aux femmes » ; on cherche à construire une société juste et égalitaire ; on rappelle Karl Marx… mais on conclut par la nécessité d’un… « humanisme ».

L’humanisme : la tarte à la crème de notre époque. Comme a dit ma voisine de théâtre : « c’est gnan-gnan ». Et puis la conclusion finale est que même cet humanisme est peut-être utopique ! Quelle originalité !

Je me suis ennuyé pendant 4 heures, admirant la vitalité des comédiens et la machinerie théâtrale à l’ancienne, mais ressentant de plus en plus la dureté de l’assise.

Aux saluts, la moitié de la salle était debout. Applaudissant à tout rompre. Le spectacle plaît visiblement. Et puis, c’est quand même vrai qu’une troupe d’une trentaine d’hommes et femmes sur une scène, dotée d’une diable d’énergie, c’est beau à voir ! De même que les décors et toutes les ingénieuses trouvailles scénographiques (avec des jeux de tissus comme toujours magnifiques).

Il manquait cependant un vrai texte. J’ai plus eu le sentiment d’assister à du grand spectacle, qu’à un moment de théâtre.

C’était « trop ». Je me suis senti naufragé.

Pascal Turbé

(1) Interrogation forcément lue car on est pendant le tournage d’un film muet. Heureusement les cartons vidéo-projetés nous restituent l’intégralité des dialogues !