la parole l’emporte sur l’action

Il y aurait bien des choses à dire sur ce Philoctète. A retenir cette parole du poète qui, au début de la pièce, clame que la parole l’emporte sur l’action. Ça pourrait presque être un manifeste sur le théâtre.

Dans cet art, c’est même la parole qui est action. Faire entendre sa parole, c’est à dire celle de son personnage, celle du poète, est essentiel. Il faut attirer l’oreille du spectateur vers elle, et pourquoi pas, susciter la larme chez lui. Le théâtre peut être aussi le moment de l’émotion partagée.

Faire entendre la parole (magnifique) du poète (Jean-Pierre Siméon), certes, mais alors pourquoi un héros qui éructe, hurle, se plaint et geint. Sommes-nous des sourds ?

Au jeu limpide, à la parole qui semble couler naturellement et qui emporte dans l’émotion de Laurent Terzieff, le jeu en exagération de David Mambouch vient casser à de nombreuses reprises la poésie qui pouvait emporter. Quand il ajoute au lyrisme des répliques de son personnage l’emphase lyrique d’un jeu monochrome, on touche au ridicule. Pourquoi ce choix dans la direction d’acteur ?

 (Philoctète de Jean-Pierre Siméon, mis en scène par Christian Schiaretti)